L’économie de course n’est pas une notion abstraite réservée aux tests en laboratoire: elle décrit la quantité d’oxygène et d’énergie nécessaire pour avancer à une allure donnée. En trail, cette économie devient très visible dès que la pente se cabre, que le sol se dérobe ou que la fatigue commence à modifier la foulée. Dans cet article, je détaille ce que mesure vraiment ce concept, ce qui l’influence et les réglages concrets qui permettent de courir plus proprement sur sentier.
Les points à retenir pour courir plus vite en dépensant moins
- L’économie de course décrit le coût en oxygène ou en énergie nécessaire pour tenir une allure donnée.
- En trail, la pente et la technique pèsent souvent plus que la seule capacité aérobie.
- La force, la pliométrie et la spécificité du terrain donnent en général de meilleurs résultats qu’un simple volume de course plus élevé.
- Les chaussures peuvent aider, mais les gains ne sont ni automatiques ni universels.
- Pour suivre vos progrès, comparez toujours les mêmes conditions: pente, durée, fatigue et chaussure.
Ce que mesure vraiment l’économie de course
Dans sa forme la plus simple, l’économie de course compare le coût en oxygène ou le coût énergétique nécessaire pour tenir une vitesse donnée. L’INSEP rappelle d’ailleurs qu’on parle souvent du coût d’oxygène à intensité sous-maximale; en pratique, ce qui m’intéresse le plus est la dépense pour une allure identique, pas la vitesse maximale atteinte en fin de test.
On confond souvent ce concept avec la VO2max. Or la VO2max dit jusqu’où vous pouvez aller, alors que l’économie dit combien cela vous coûte d’y aller. Deux coureurs peuvent avoir la même capacité aérobie et pourtant courir très différemment: celui qui dépense moins d’énergie à allure égale garde plus de marge, surtout quand la course dure longtemps.
| Notion | Ce qu’elle mesure | Ce qu’elle ne dit pas |
|---|---|---|
| Économie de course | Le coût énergétique à allure donnée | La vitesse maximale ou la résistance mentale |
| VO2max | Le plafond aérobie | Le coût de déplacement à intensité sous-maximale |
| Seuil lactique | L’intensité soutenable avant une dérive plus marquée | La qualité de la mécanique ou la fluidité du geste |
Je préfère donc parler de coût énergétique plutôt que de simple “rendement” au sens vague, parce que cela rappelle une réalité très concrète: à vitesse égale, deux coureurs ne paient pas la même facture métabolique. Et c’est précisément pour cela que le trail bouscule autant les repères classiques, parce que le terrain change sans cesse le prix de chaque foulée.

Pourquoi le trail change la donne
Sur route, la vitesse est relativement stable et la comparaison reste simple. En trail, le profil de course impose des montées, des descentes, des relances et des sections techniques où l’allure brute ne raconte plus toute l’histoire. Une revue systématique récente sur la performance en trail montre d’ailleurs que la VO2max, le seuil lactique et l’économie de course comptent tous, mais que la lecture est plus multidimensionnelle que sur route.
| Indicateur | Corrélation moyenne observée avec la performance trail | Ce que cela suggère |
|---|---|---|
| VO2max | 71 % | La capacité aérobie reste très importante, mais elle ne suffit pas |
| Seuil lactique | 57 % | La capacité à durer à haute intensité pèse fortement |
| Économie de course | 43 % | Le coût mécanique et énergétique compte, surtout quand le terrain varie |
Les montées modérées augmentent le coût énergétique parce qu’elles ajoutent une part de travail vertical. Quand la pente devient plus raide, la relation entre économie sur plat et économie en montée se déforme encore davantage. À l’inverse, la descente peut parfois sembler “gratuite” sur le plan métabolique, mais elle surcharge les quadriceps, les appuis et le contrôle neuromusculaire. C’est là que beaucoup de coureurs se trompent: ils regardent la vitesse, alors que le vrai sujet est la dépense totale d’énergie et la manière dont elle se répartit sur le terrain.
Autrement dit, en trail, améliorer l’économie ne veut pas seulement dire mieux courir sur le plat. Il faut aussi réduire le coût des relances, des appuis instables et des portions cassantes, sinon le gain reste théorique.
Les facteurs qui font varier le coût énergétique
Les facteurs les plus utiles à regarder sont rarement spectaculaires. La biomécanique, la force musculaire, la fatigue, la coordination et le relief interagissent en permanence. Dans les études, les coureurs les plus économes ne sont pas forcément ceux qui bougent le moins, mais souvent ceux qui dépensent moins d’énergie parasite pour produire la même avance.
| Facteur | Ce qui tend à aider | Le piège classique |
|---|---|---|
| Longueur et fréquence de pas | Rester proche de sa foulée préférée, avec de petits ajustements si besoin | Forcer une cadence “idéale” sans test concret |
| Oscillation verticale | Limiter les rebonds inutiles | Vouloir “raser le sol” au point de perdre de la propulsion |
| Force des membres inférieurs | Meilleure tolérance à la fatigue et économie souvent améliorée | Attendre un effet immédiat sans bloc de travail suffisant |
| Coordination | Moins de coactivation inutile, geste plus fluide | Corriger trop de choses en même temps |
| Fatigue | Un corps frais est presque toujours plus économique | Confondre une bonne séance et une séance qui laisse propre techniquement |
Les méta-analyses sur les coureurs d’endurance montrent souvent des gains modestes mais réels de l’ordre de 2 à 8 % avec la force lourde et la pliométrie, surtout quand le travail est intégré proprement au reste de la saison. Ce n’est pas spectaculaire à l’échelle d’une séance, mais sur une course longue, c’est énorme. Je retiens surtout une chose: la meilleure foulée n’est pas la plus “jolie”, c’est celle qui vous coûte le moins pour aller au même rythme.
Ces leviers fonctionnent, mais ils ne produisent pas le même effet selon l’équipement et le type de terrain, ce qui m’amène à la question du matériel.Chaussures, plaques et bâtons ce qu’ils changent vraiment
Je suis prudent avec les promesses marketing autour du matériel. Une revue systématique récente sur l’épaisseur de semelle montre des changements biomécaniques réels, mais pas d’effet constant sur l’économie de course, et la qualité globale des preuves reste faible à très faible. En clair: une chaussure peut modifier la foulée sans garantir un gain énergétique net.
Sur trail, le sujet est encore plus nuancé. Les modèles à plaque carbone ne donnent pas automatiquement un avantage, surtout sur les montées et les terrains irréguliers. Dans certaines données rapportées, une chaussure trail plus rigide a même été associée à une légère hausse de la dépense énergétique en montée, autour de 2 %. Ce n’est pas énorme, mais cela suffit à rappeler qu’une chaussure “rapide” sur le papier peut devenir moyenne dès que la pente ou la technicité changent.
| Outil | Ce qu’il peut apporter | Sa limite principale |
|---|---|---|
| Chaussure légère et stable | Moins d’inertie, meilleure précision sur terrain roulant | La protection et l’adhérence restent prioritaires en terrain technique |
| Semelle plus épaisse | Confort et amorti sur portions régulières | Le bénéfice sur l’économie n’est pas garanti |
| Plaque carbone | Peut aider sur certains profils rapides et réguliers | Gain incertain en montée et sur sentier cassant |
| Bâtons | Peuvent soulager certaines longues ascensions | Demandent de la technique et peuvent perturber le rythme si mal utilisés |
Je ne choisis donc pas une chaussure pour “gagner de l’économie” en théorie, mais pour l’ensemble adhérence-stabilité-protection. Le bon matériel peut aider à préserver un peu d’énergie, mais il ne remplacera jamais un entraînement qui apprend au corps à produire moins d’effort pour la même vitesse.
Comment l’entraîner sans se tromper
Le travail utile n’est pas forcément celui qui paraît le plus dur. Pour améliorer l’économie de course, j’aime voir des blocs simples, répétés, et suffisamment spécifiques pour que le corps apprenne à bouger mieux sans se dégrader. L’erreur fréquente consiste à empiler le volume, les côtes, la force et les sorties longues en espérant un miracle physiologique. En réalité, la qualité du geste se construit mieux avec un dosage précis qu’avec une fatigue permanente.
| Travail | Exemple concret | Effet attendu | Précaution utile |
|---|---|---|---|
| Force lourde | 1 à 2 séances par semaine, 3 à 5 séries de 3 à 6 répétitions, sur 6 à 10 semaines | Meilleure économie et meilleure tolérance au dénivelé | Progressivité obligatoire, surtout si vous courez beaucoup en trail |
| Pliométrie | Bonds, sauts, corde à sauter ou rebonds courts en blocs de 5 à 10 minutes | Meilleure restitution élastique et appui plus vif | Réduire ou éviter si l’historique tendineux est chargé |
| Accélérations courtes | 6 à 8 x 10 à 20 secondes après un footing facile | Relâchement, coordination, fréquence de pas | Récupération complète entre les répétitions |
| Côtes courtes | 6 à 10 répétitions de 10 à 15 secondes en montée | Puissance spécifique et meilleure économie en pente | Ne pas transformer la séance en lactique si l’objectif est technique |
| Affûtage | Réduire le volume de plus de 40 % tout en gardant la spécificité | Le coût sous-maximal peut baisser nettement | Éviter de changer complètement de mode d’entraînement à ce moment-là |
Sur le terrain, je préfère quelques répétitions très propres à un grand bloc brouillon. La technique ne s’automatise pas en deux sorties, mais elle progresse vite quand le coureur arrive frais sur la séance et qu’il répète les mêmes gestes dans des conditions comparables. Si je devais résumer le principe en une phrase: il faut entraîner la vitesse du geste sans sacrifier la qualité mécanique.
Reste une question simple, mais essentielle: comment savoir si vous progressez vraiment, et pas seulement si vous êtes un peu plus fatigué ou mieux reposé que la semaine précédente ?
Les repères que je garde pour mesurer un vrai progrès sur sentier
Sur trail, je n’essaie pas de mesurer l’économie de course avec un seul chiffre magique. Je préfère des repères stables, répétés plusieurs fois, qui réduisent les faux signaux. Les conditions doivent rester proches d’un test à l’autre: même segment, même chaussure, même moment de la journée, météo comparable et fatigue similaire.
- Comparer la fréquence cardiaque à allure identique sur un même segment.
- Comparer l’allure ou le temps de passage à effort perçu identique.
- Reprendre un même tronçon en montée et suivre le dénivelé horaire plutôt que la vitesse brute.
- Observer si la respiration, la relance et la posture restent plus stables après 30 à 60 minutes d’effort.
- Répéter le test au moins 3 fois avant de conclure quoi que ce soit.
Si je devais garder un seul indicateur, je regarderais la capacité à tenir le même segment avec une respiration plus basse, une meilleure relance et moins de dégâts musculaires le lendemain. C’est souvent là que se voit la vraie économie: pas dans un chiffre isolé, mais dans la manière dont vous terminez votre sortie et dans la marge que vous gardez pour la suite.