En trail, certains profils comptent plus qu’un simple palmarès: ils montrent comment courir quand la pente se durcit, que le terrain casse et que l’altitude commence à peser. Manuel Merillas fait partie de ces athlètes qui ont construit leur réputation sur la montagne pure, avec une vraie science des appuis, des relances et de la gestion de l’effort. Dans cet article, je reviens sur son parcours, ses résultats les plus parlants et surtout ce qu’un traileur peut retenir de sa manière d’aborder les courses engagées.
Les points clés à retenir
- Merillas est avant tout un coureur de montagne, à l’aise sur les formats techniques et exigeants.
- Son profil mélange puissance en montée, précision en descente et endurance sur terrain cassant.
- Ses résultats confirment une grande régularité sur plusieurs formats, du skyrunning au short trail.
- Son approche est utile à tout traileur qui veut progresser sur les parcours avec fort dénivelé.
- En 2026, il reste compétitif sur des rendez-vous de référence comme Zegama et Penyagolosa.
Pourquoi Merillas reste une référence en montagne
Ce qui me frappe chez lui, c’est qu’on ne peut pas le réduire à une seule case. Il est à la fois spécialiste de la pente raide, coureur très solide sur longue durée et athlète capable de s’exprimer dans des contextes très techniques. Autrement dit, il ne brille pas seulement parce qu’il va vite: il brille parce qu’il sait où mettre sa vitesse.
Cette nuance compte. Dans le trail, deux athlètes peuvent avoir un niveau cardio proche, mais le plus fort sera souvent celui qui lit mieux le terrain, gère mieux les relances et perd moins d’énergie dans les sections techniques. C’est précisément là que Merillas s’est construit une vraie identité sportive, et c’est ce qui rend son profil intéressant pour les coureurs qui préparent des parcours montagneux. Une fois ce cadre posé, on comprend beaucoup mieux ce qui fait sa différence sur le terrain.
Ce qui le distingue sur terrain technique
Le skyrunning, pour le dire simplement, c’est le trail porté à un niveau de montagne plus affirmé: plus raide, plus cassant, plus exigeant dans les appuis. Sur ce type de parcours, la performance ne dépend pas seulement de la capacité à tenir un effort long, mais aussi de la qualité de mouvement. Merillas appartient à cette famille d’athlètes qui savent rester propres dans le geste quand la pente oblige à courir en tension.
| Aspect | Ce qu’on observe chez lui | Ce que cela implique pour un traileur |
|---|---|---|
| Montées raides | Il sait produire un effort puissant sans se désunir. | Il faut travailler la puissance aérobie, mais aussi la posture et le gainage. |
| Descentes techniques | Il conserve de la précision là où beaucoup se crispent. | Les descentes doivent être entraînées, pas seulement subies en course. |
| Terrains cassants | Il reste efficace quand les appuis sont irréguliers. | Le travail proprioceptif et les appuis courts deviennent décisifs. |
| Formats montagne | Il passe du skymarathon au short trail sans perdre en densité. | Il faut ajuster l’entraînement au ratio D+/distance, pas seulement aux kilomètres. |
Je trouve cette polyvalence plus instructive que n’importe quel discours sur la “résistance mentale”. Elle montre qu’en montagne, le niveau se construit autant sur la qualité du terrain que sur le volume d’entraînement. C’est exactement ce qui rend ses résultats si parlants.
Les résultats qui racontent le mieux son niveau
Si on regarde les faits marquants, on voit vite une logique de fond: il ne signe pas des coups d’éclat isolés, il s’installe durablement parmi les meilleurs sur des courses qui demandent du métier. Selon World Athletics, il a pris l’argent du short trail aux Mondiaux de Canfranc en 4 h 45 min 33 s, derrière Frédéric Tranchand. Sur un championnat du monde, ce type de résultat ne tient ni du hasard ni d’un parcours favorable: il confirme un vrai niveau international.
| Course | Résultat | Ce que cela raconte |
|---|---|---|
| Skyrunning World Championships 2020 | Or | Il sait gagner sur terrain très engagé et sous pression. |
| European SkyUltra 2021 | Or avec record | Il peut convertir sa puissance en maîtrise sur un format plus long. |
| Trail World Championships Canfranc 2025 | Argent en 4 h 45 min 33 s | Il reste au niveau podium sur les plus grands rendez-vous techniques. |
| MiM Penyagolosa Trails 2026 | 3e en 6 h 00 min 26 s | Il continue d’exister sur des efforts longs, soutenus et accidentés. |
| Zegama-Aizkorri 2026 | 4e en 3 h 45 min 43 s | Il demeure compétitif sur un monument du trail où la lecture du terrain pèse lourd. |
Selon l’UTMB, il a encore enchaîné au printemps 2026 avec une 3e place sur le MiM de Penyagolosa Trails en 6 h 00 min 26 s, puis une 4e place à Zegama-Aizkorri en 3 h 45 min 43 s. Ce qui ressort de cette séquence, c’est moins une simple régularité qu’une vraie continuité de performance sur des profils différents. Le message est clair: il reste un coureur de référence, pas seulement un ancien champion.
Le plus intéressant, à mes yeux, est la cohérence de l’ensemble. Il ne se contente pas d’un format précis: il reste menaçant dès que le terrain devient montagneux, exigeant et sélectif. Et c’est justement ce profil qui donne des idées très concrètes à ceux qui veulent progresser.
Ce qu’un traileur peut lui emprunter
Le piège classique, quand on admire un athlète comme lui, c’est de vouloir copier le volume avant de comprendre la méthode. Or ce qui fait la différence n’est pas seulement la quantité de kilomètres, mais la qualité du travail spécifique. Si je devais résumer son modèle en langage d’entraînement, je parlerais de trois priorités très simples à transférer.
Monter fort sans exploser
Une séance de côtes utile n’est pas forcément une séance interminable. Pour beaucoup de traileurs, un bloc de 8 à 12 répétitions de 45 à 90 secondes en montée suffit déjà à développer la puissance sans dégrader la technique. L’idée n’est pas de se mettre dans le rouge à chaque répétition, mais d’apprendre à rester tonique quand l’effort s’élève. Sur les profils comme celui de Merillas, c’est ce mélange de puissance et de contrôle qui fait la différence.
Descendre vite avec des appuis propres
La descente est souvent le point faible des coureurs qui viennent de la route ou du plat. Pourtant, en montagne, elle peut décider d’un podium. Je recommande souvent de travailler des descentes courtes après une montée, quand les quadriceps sont déjà entamés, parce que c’est dans cet état qu’on apprend vraiment à rester lucide. Le but n’est pas de “jeter” la vitesse, mais de garder une cadence stable, des appuis courts et un buste relâché.
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Choisir des courses cohérentes avec son moteur
Trop de coureurs s’inscrivent sur des formats qui ne correspondent ni à leur profil ni à leur entraînement. Si votre terrain de jeu habituel est roulant, un objectif très technique demandera une préparation spécifique de plusieurs mois. Inversement, si vous aimez la montagne raide et que vous cherchez un chrono pur, il faudra accepter que la vitesse maximale sur portion roulante compte davantage. C’est là que le style de Merillas est utile: il rappelle qu’un bon objectif n’est pas seulement une belle distance, mais un format compatible avec vos points forts.
Ces trois leviers sont modestes sur le papier, mais ils changent beaucoup de choses quand on les répète avec régularité. Et ils aident aussi à comprendre pourquoi son profil reste si pertinent dans le trail actuel.
Ce que son profil dit du trail actuel en 2026
Le trail de haut niveau a évolué: il devient plus exigeant, plus spécialisé et, paradoxalement, plus complet. On ne gagne plus seulement avec des jambes solides; il faut aussi savoir résoudre un terrain, gérer les ruptures de pente, absorber la fatigue des descentes et rester efficace en altitude. Merillas incarne bien cette évolution, parce qu’il n’est pas seulement un coureur rapide: c’est un coureur qui sait lire la montagne.
Je pense aussi qu’il faut éviter une lecture trop simpliste de son cas. Son profil n’est pas le seul modèle valable en trail. Sur des courses plus roulantes, d’autres qualités reprennent le dessus: vitesse pure, économie de foulée sur terrain lisse, capacité à encaisser des portions longues à allure élevée. Mais dès que la montagne reprend ses droits, un athlète comme lui retrouve une énorme valeur.
Autrement dit, le trail en 2026 n’oppose plus vraiment les “grimpeurs” et les “rouleurs”; il récompense les coureurs capables de passer d’un registre à l’autre sans casser leur rendement. C’est sans doute pour cela que Merillas reste aussi lisible: il appartient à cette génération qui a appris à courir la montagne comme un ensemble de compétences, pas comme un simple décor. Et cette logique mène directement à ce qu’un coureur amateur peut faire, lui aussi, pour progresser intelligemment.
Ce qu’il faut retenir pour bâtir un vrai projet montagne
- Travaillez au moins une séance de montée structurée par semaine, même courte.
- Ajoutez une séquence de descente technique quand les jambes sont déjà fatiguées.
- Choisissez des objectifs avec un ratio D+ distance réaliste par rapport à votre niveau actuel.
- Mesurez aussi vos progrès sur la qualité des appuis, pas seulement sur le chrono brut.
- Gardez en tête qu’en montagne, la spécificité du terrain pèse autant que le volume total.
Si je devais résumer l’intérêt de son parcours en une seule idée, je dirais qu’il montre à quel point la performance en trail est une affaire de précision. On peut courir beaucoup, mais on progresse vraiment quand on apprend à courir juste. C’est la leçon la plus utile que laisse un athlète comme Merillas, et elle vaut autant pour un débutant ambitieux que pour un traileur déjà expérimenté.