Perrine Fages incarne une forme d’ultra-endurance qui parle autant aux traileurs qu’aux passionnés d’aventure outdoor. Passée de l’équitation à la course à pied, puis à des défis mêlant trail, natation et vélo, elle a construit un profil rare: solide sur la durée, mobile d’un format à l’autre, et surtout très lucide face à l’effort long. Je reviens ici sur son parcours, ses courses marquantes et les leçons vraiment utiles pour préparer le trail long.
L’essentiel à retenir sur son profil d’ultra-endurance
- Elle ne s’est pas imposée comme une spécialiste d’un seul format, mais comme une athlète d’endurance très polyvalente.
- Son déclic sportif est arrivé à l’âge adulte, après un premier vrai basculement vers la course à pied.
- Son parcours relie trail, course sur route, ultra-distance et épreuves multi-sports.
- Ses résultats montrent une vraie capacité à durer sur des formats de 10 km à plus de 250 km.
- Pour un traileur, son exemple est surtout utile pour le mental, la gestion d’effort et l’autonomie.
D’où vient son profil d’ultra-endurance
Ce qui me frappe d’abord, c’est que son parcours n’a rien d’un chemin linéaire. Avant d’accumuler les heures d’effort en montagne ou sur les épreuves les plus longues, elle a construit une base sportive ailleurs, avec une logique de progression et de curiosité. Le vrai tournant survient au moment où la course à pied prend plus de place dans sa vie, après un premier marathon qui agit comme déclencheur.
À partir de là, la trajectoire s’accélère: plus de volume, plus de formats longs, plus d’exigence. Ce schéma est intéressant pour le trail, parce qu’il rappelle une chose simple: on ne devient pas solide sur 80 ou 100 kilomètres en cherchant d’abord la performance pure. On le devient en apprenant à encaisser, à répéter et à récupérer. C’est cette construction patiente qui explique ensuite sa capacité à s’aligner sur des épreuves de plus en plus engagées.
Cette base progressive mène naturellement à une autre question: qu’est-ce qui, dans son style, la distingue vraiment des autres profils d’endurance ?
Ce qui la distingue vraiment sur le terrain
Je ne la lis pas comme une simple coureuse de montagne. Son intérêt, pour moi, tient dans l’ultra-polyvalence: elle n’a pas enfermé son endurance dans une seule discipline. Elle navigue entre la course, le vélo et la natation, ce qui change la façon de développer le moteur physique et la résistance mentale.
| Dimension | Ce que cela développe | Intérêt concret pour le trail |
|---|---|---|
| Volume d’endurance | Capacité à durer plusieurs heures sans se désunir | Utile sur 50 km, 100 km et plus |
| Polyvalence sportive | Moins de dépendance à un seul geste, meilleure fatigue globale | Intéressant pour encaisser les gros blocs d’entraînement |
| Adaptation aux conditions | Travail sur la chaleur, le froid, le relief et l’imprévu | Essentiel quand la course devient technique ou très longue |
À mes yeux, c’est précisément ce mélange qui rend son profil utile à observer. Un traileur pur peut y lire une invitation à mieux construire son socle aérobie, à varier les sollicitations et à ne pas réduire la préparation au seul fractionné. Autrement dit: son intérêt ne vient pas d’un record isolé, mais d’une cohérence globale. Et cette cohérence apparaît très bien quand on regarde ses courses les plus marquantes.
Justement, les épreuves qu’elle a choisies disent presque autant de choses que ses résultats eux-mêmes.

Les courses qui dessinent sa carte de visite
Les résultats visibles sur UTMB World montrent une réalité claire: elle alterne des formats très courts et des ultras extrêmement engagés, sans se limiter à une seule distance. Le classement Enduroman confirme aussi son goût pour les aventures qui sortent franchement du cadre classique du trail.
| Course | Format | Chiffres repères | Ce que j’en retiens |
|---|---|---|---|
| Enduroman Arch to Arc | Triathlon XXL | 67 h 21 en 2018 | Une capacité rare à durer sur un effort multi-segments, avec une grosse composante mentale |
| Eiger Ultra Trail E250 | Ultra-trail alpin | 254 km, 14 945 m D+, 69 h 43 min 07 s | Une vraie aisance sur les formats extrêmes en montagne |
| Ohrid Ultra-Trail 100K | Trail long | 106,8 km, 5 000 m D+, 21 h 25 min 19 s | Une solidité nette sur un format où le rythme et la gestion priment |
| AlUla Trail Race | Format court | 10,2 km en 57 min 52 s | Elle reste capable de courir vite sur un format beaucoup plus nerveux |
La lecture est simple: elle ne s’est pas enfermée dans une seule signature sportive. Pour un lecteur de trail, c’est précieux, parce que cela rappelle qu’on peut être endurant sans être monotone. On peut aussi comprendre qu’un gros moteur ne sert pas seulement à aller loin; il sert à rester propre quand le terrain se dégrade, quand la fatigue monte et quand la course demande de choisir entre accélérer ou survivre intelligemment.
Cette logique de course mène directement à la préparation: comment s’en inspirer sans copier un volume qui n’a rien de réaliste pour tout le monde ?
Ce que son approche change dans la préparation trail
Si je devais retenir trois leviers vraiment utiles pour un coureur de trail, je ne parlerais pas d’abord de vitesse. Je parlerais d’endurance, de carburant et de lucidité. C’est ce triptyque qui permet de transformer une bonne forme en vraie capacité à finir fort, ou au moins à finir proprement.
Construire l’endurance avant la vitesse
Sur les formats longs, je conseille presque toujours de garder les séances dures à leur juste place: une à deux séances qualitatives par semaine suffisent dans la majorité des cas. Le reste doit servir à construire un socle aérobie stable. En clair, courir souvent facile, longtemps, et sans transformer chaque sortie en test. C’est moins spectaculaire qu’un entraînement “heroïque”, mais nettement plus rentable sur 50 km et au-delà.
Tester le carburant en conditions réelles
L’alimentation fait gagner plus de places que beaucoup de coureurs ne l’imaginent. Sur une sortie longue, je trouve pertinent de tester progressivement une cible de 60 à 90 g de glucides par heure si la tolérance digestive suit. Côté hydratation, une fourchette de 500 à 750 ml par heure fonctionne souvent en conditions modérées, avec des ajustements à la chaleur et au taux de transpiration. Le point important n’est pas de viser des chiffres parfaits, mais de ne jamais découvrir sa stratégie le jour de course.
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Préparer la tête autant que les jambes
L’ultra donne une leçon brutale: on n’avance pas toujours au ressenti du début. Il faut apprendre à découper l’effort en blocs de 30 à 60 minutes, accepter les phases plus lentes, marcher vite dans les pentes, relancer sans paniquer et garder une marge de lucidité. Je trouve que c’est souvent là que les coureurs sous-estiment l’exigence réelle du trail long. Ils pensent “endurance”, alors qu’ils devraient penser “gestion”.
Une fois ces bases en place, il reste pourtant un piège classique: croire qu’on peut reproduire son modèle tel quel. C’est là que l’approche doit redevenir réaliste.
Les pièges à éviter quand on copie un profil comme le sien
Je vois souvent trois erreurs chez les coureurs qui veulent s’inspirer de ce type d’athlète.
- Confondre volume et progression. Faire plus ne suffit pas si le corps ne récupère pas. Le vrai gain vient d’un empilement intelligent des charges, pas d’un festival de kilomètres.
- Copier la polyvalence sans la base. Enchaîner vélo, natation et course peut être très utile, mais seulement si la structure d’endurance est déjà solide.
- Négliger la spécificité du trail. Un moteur aérobie large aide beaucoup, mais il ne remplace ni les descentes techniques, ni les montées à pied, ni l’économie de course en terrain cassant.
- Sous-estimer l’acceptation de l’imprévu. En ultra, une course peut être mal gérée, interrompue ou simplement plus dure que prévu. L’enjeu n’est pas de tout contrôler, mais de savoir ajuster sans s’effondrer mentalement.
Le bon réflexe, selon moi, est d’emprunter la logique et pas la copie carbone. Construire un socle, varier les stimuli, accepter le temps long et travailler le confort dans l’inconfort: voilà ce qui est transposable. Le reste dépend du niveau, de l’historique sportif et du temps disponible. Et c’est précisément ce qui rend son parcours intéressant pour la communauté trail: il est inspirant, mais il reste lisible.
Cette lecture me permet d’aller au bout de l’idée la plus utile pour un pratiquant d’outdoor: comment transformer ce type de parcours en boussole concrète pour sa propre saison ?
Pourquoi son parcours reste une bonne boussole pour le trail long
Si je devais résumer l’intérêt de ce profil en une phrase, je dirais qu’il rappelle que l’ultra récompense les coureurs capables de durer sans se disperser. Pas forcément les plus rapides au départ, ni les plus démonstratifs à l’entraînement, mais ceux qui savent construire un effort cohérent, gérer leur énergie et rester propres quand la course devient sérieuse.
Pour un traileur amateur, cela donne trois repères très concrets: travailler régulièrement son socle aérobie, tester sa nutrition avant les objectifs importants et accepter qu’une vraie stratégie d’ultra se mesure autant en maîtrise qu’en chrono. C’est un cadre simple, mais redoutablement efficace si on l’applique avec patience.
Au fond, son parcours montre qu’un bon trail ne se gagne pas seulement avec des jambes fraîches. Il se gagne avec une préparation intelligente, une marge mentale et une capacité à rester clair quand l’effort déborde le plan initial. C’est cette maturité-là que je retiens le plus, et c’est souvent ce qui fait la différence entre une course subie et une course vraiment construite.