Mathieu Blanchard, de l’ingénierie aux sommets de l’ultra-trail

Claude Imbert .

15 septembre 2026

Mathieu Blanchard court sur un sentier rocheux avec des montagnes verdoyantes en arrière-plan.

Passer de l’ingénierie à l’ultra-trail professionnel en quelques années, puis gagner la Diagonale des Fous et la Yukon Arctic Ultra, voilà un parcours qui dépasse largement le simple palmarès. Je reviens ici sur l’histoire de Mathieu Blanchard, ses principales performances, son rapport à l’aventure et les enseignements que les traileurs peuvent tirer de sa progression.

Un parcours entre performance, adaptation et aventure

  • Débuts en 2016 au Québec, après une première expérience sur les sentiers.
  • Deuxième de l’UTMB en 2022, derrière Kilian Jornet, en moins de 20 heures.
  • Vainqueur de la Diagonale des Fous en 2024, pour sa première participation.
  • Victoire sur la Yukon Arctic Ultra en 2025, après plus de 608 kilomètres dans le froid.
  • Nouveau chapitre en 2026 avec Kiprun et un rôle renforcé dans l’innovation produit.

Mathieu Blanchard, athlète concentré, porte un t-shirt blanc avec un motif graphique audacieux.

Pourquoi son parcours sort de l’ordinaire

Ce qui me frappe chez Mathieu Blanchard, c’est la vitesse de sa transformation. Il ne vient pas d’une enfance entièrement consacrée à la course à pied. Il est d’abord ingénieur de formation, installé plusieurs années au Québec, avant de découvrir progressivement le trail et les longues distances.

Cette trajectoire explique en partie son approche. Il ne parle pas seulement de vitesse ou de classement, mais aussi de gestion de l’effort, d’adaptation et de compréhension du terrain. Dans l’ultra-trail, ces qualités comptent autant que la puissance physique, surtout lorsque la course dure une nuit entière ou se déroule dans un environnement extrême.

Son profil est également atypique parce qu’il réunit plusieurs univers. Il est devenu athlète professionnel en 2022, mais il reste associé à l’aventure, à la création de contenu, à la prise de parole et à l’innovation. Le trail n’est donc pas pour lui une simple succession de compétitions. C’est un cadre pour explorer ses limites et raconter une autre manière de vivre dehors.

Des débuts au Québec à la scène mondiale

Mathieu Blanchard découvre le trail en 2016, alors qu’il vit au Québec. Il possède déjà une base intéressante grâce à la course sur route, mais les sentiers lui ouvrent un terrain de jeu beaucoup plus vaste. Les montagnes, les changements de météo et les longues ascensions lui plaisent immédiatement, même si ses débuts sont loin d’être parfaits.

La progression est ensuite très rapide. Dès ses premières saisons, il s’impose sur des épreuves québécoises et se fait remarquer dans le milieu francophone du trail. Sa sélection à la Salomon Ultra Running Academy en 2017 accélère cette évolution en lui permettant de côtoyer des coureurs expérimentés et de structurer davantage son entraînement.

En 2019, il participe à Koh-Lanta, ce qui le rend connu d’un public plus large. La même période marque aussi un changement professionnel important. Il quitte progressivement son activité d’ingénieur pour donner davantage de place au sport et travailler autour de la course à pied.

Période Étape marquante Ce qu’elle révèle
2016 Découverte du trail au Québec Une progression tardive mais très rapide
2017 Entrée à la Salomon Ultra Running Academy Le passage vers un entraînement plus structuré
2019 Participation à Koh-Lanta Un goût déjà marqué pour l’endurance et l’aventure
2022 Passage au statut d’athlète professionnel Une nouvelle étape dans sa carrière sportive
2026 Arrivée chez Kiprun Un rôle élargi autour de la performance et de l’innovation

À mes yeux, cette chronologie est importante pour comprendre le personnage. Elle montre qu’un haut niveau peut se construire relativement tard, à condition d’avoir une vraie capacité de travail et de savoir apprendre rapidement de chaque expérience.

Les performances qui l’ont installé parmi les meilleurs

La course qui a définitivement changé son statut reste l’UTMB 2022. Sur environ 171 kilomètres autour du mont Blanc, il termine deuxième derrière Kilian Jornet en 19 heures et 54 minutes. Ce résultat est exceptionnel, car il passe sous la barre symbolique des 20 heures et reste longtemps au contact de l’un des meilleurs ultra-traileurs de l’histoire.

Il avait déjà obtenu la troisième place de l’UTMB en 2021. Ces deux podiums consécutifs l’installent durablement parmi les références mondiales de l’ultra-trail. Ils montrent surtout sa capacité à performer sur une course très longue, technique et extrêmement relevée.

En octobre 2024, il remporte la Diagonale des Fous à La Réunion pour sa première participation. Le parcours représente environ 175 kilomètres et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif. Il franchit la ligne après 23 heures et 25 minutes d’effort, dans une course où la chaleur, les descentes cassantes et la fatigue rendent chaque erreur coûteuse.

Quelques mois plus tard, il change complètement de registre avec la Yukon Arctic Ultra 2025. Il parcourt 608,7 kilomètres dans le nord-ouest du Canada en 7 jours et 22 heures, en tirant une pulka d’environ 30 kilogrammes. Les températures peuvent descendre très bas et les participants doivent gérer le sommeil, l’alimentation, le matériel et les risques liés au froid.

  • UTMB 2021 : troisième place.
  • UTMB 2022 : deuxième place en 19 h 54.
  • Diagonale des Fous 2024 : victoire sur environ 175 km.
  • Yukon Arctic Ultra 2025 : victoire sur 608,7 km en conditions polaires.

Ces résultats ne décrivent pas un coureur spécialisé dans un seul format. Ils dessinent plutôt un athlète capable de passer de la montagne volcanique à la neige arctique, avec des besoins physiologiques et tactiques très différents.

Un ultra-traileur construit sur l’adaptation

Le point commun entre ses grandes performances n’est pas seulement l’endurance. C’est la capacité à prendre de bonnes décisions lorsque le corps fatigue. Sur une course de 100 miles, la stratégie alimentaire, l’allure et la gestion des descentes peuvent faire davantage de différence que quelques secondes gagnées dans une montée.

Son parcours rappelle aussi qu’un entraînement d’ultra-trail ne se résume pas à accumuler des kilomètres. Il faut développer la résistance musculaire, apprendre à courir la nuit, tester son alimentation et accepter de marcher efficacement lorsque le terrain devient trop raide. Pour moi, c’est l’un des aspects les plus intéressants de son approche, car il remet la lucidité au centre de la performance.

La préparation doit toutefois rester proportionnée au niveau du coureur. Reproduire le volume d’un professionnel serait une erreur pour la plupart des pratiquants. Une préparation sérieuse peut déjà reposer sur 3 à 5 séances hebdomadaires, une sortie longue progressive, du renforcement musculaire et des semaines allégées pour assimiler la charge.

Le matériel joue également un rôle différent selon l’épreuve. Une chaussure légère peut convenir à un trail rapide, mais une course de montagne longue exige davantage de protection et d’adhérence. Dans le froid, la priorité devient la gestion des couches, des gants, de l’hydratation et de la capacité à réparer rapidement un problème.

De la compétition à l’aventure totale

Réduire Mathieu Blanchard à ses classements serait passer à côté d’une grande partie de son identité. Son intérêt pour l’aventure existait avant ses victoires internationales et s’exprime dans des projets qui sortent du format habituel des courses balisées.

La Yukon Arctic Ultra illustre parfaitement cette dimension. Il ne s’agissait pas simplement de courir vite. Il fallait avancer pendant plusieurs jours, tirer son équipement et survivre à un environnement où la moindre mauvaise décision peut devenir dangereuse. Le rythme, le sommeil et la chaleur corporelle deviennent alors aussi importants que la condition physique.

Cette recherche d’aventure explique aussi son installation aux Deux-Alpes, dans les Alpes, après plusieurs années passées au Québec. Il conserve un lien fort avec les grands espaces nord-américains, tout en évoluant désormais dans un environnement alpin qui favorise l’entraînement en altitude et le travail du dénivelé.

En 2026, son arrivée chez Kiprun ouvre un nouveau chapitre. Il souhaite participer davantage au développement des produits et transformer son expérience de terrain en solutions concrètes. Ce rôle est cohérent avec son passé d’ingénieur et montre qu’un athlète peut aussi contribuer à concevoir les outils qu’il utilise.

Ce que les traileurs peuvent retenir de son itinéraire

La première leçon est simple. Il n’est pas nécessaire d’avoir commencé très jeune pour progresser fortement en trail. En revanche, il faut accepter une longue phase d’apprentissage et ne pas confondre motivation avec précipitation.

La deuxième concerne la polyvalence. Le haut niveau ne consiste pas seulement à courir vite sur terrain sec. Il faut savoir grimper, descendre, marcher, manger, dormir peu et modifier son plan lorsque les conditions changent. Pour un amateur, cela signifie surtout qu’une préparation variée est souvent plus utile qu’une accumulation de sorties identiques.

La troisième leçon touche à la curiosité. Le parcours de cet athlète s’est construit grâce à la route, aux sentiers, au froid, à l’altitude et aux expériences d’aventure. De mon point de vue, cette ouverture évite de transformer le trail en simple exercice de chiffres et de kilomètres.

Il faut enfin garder une certaine distance avec les exploits extrêmes. Une course de plus de 600 kilomètres dans le froid n’est pas un modèle à reproduire sans encadrement. Elle peut inspirer, mais elle rappelle surtout que le niveau d’engagement, le matériel et la préparation doivent correspondre au risque réel.

Ce que son parcours change pour notre façon de voir le trail

Mathieu Blanchard représente une génération de traileurs pour qui la compétition et l’aventure ne s’opposent plus. Ses podiums à l’UTMB prouvent sa valeur sportive, tandis que ses victoires à La Réunion et au Yukon montrent son goût pour les environnements qui obligent à sortir d’un cadre confortable.

Son histoire intéressera les compétiteurs, mais aussi les pratiquants qui courent simplement pour découvrir une montagne, un itinéraire ou leurs propres limites. Ce que j’en retiens surtout, c’est qu’une progression durable repose sur la patience, l’adaptation et la capacité à rester curieux, bien plus que sur la seule recherche d’un chrono.

Questions fréquentes

Il découvre le trail au Québec en 2016, après une première expérience de la course sur route. Son entrée à la Salomon Ultra Running Academy en 2017 structure sa progression, puis il quitte progressivement son activité d’ingénieur avant de devenir athlète professionnel en 2022.
Il termine troisième de l’UTMB en 2021, puis deuxième en 2022 en 19 h 54, derrière Kilian Jornet. Il remporte ensuite la Diagonale des Fous sur environ 175 kilomètres et la Yukon Arctic Ultra après 608,7 kilomètres dans le froid.
L’UTMB se déroule sur environ 171 kilomètres autour du mont Blanc, tandis que la Diagonale des Fous propose environ 175 kilomètres et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif à La Réunion. La Yukon Arctic Ultra change complètement de format, avec 608,7 kilomètres à parcourir en tirant une pulka d’environ 30 kilogrammes dans un environnement polaire.
Son parcours met en avant la gestion de l’effort, l’adaptation au terrain et la capacité à prendre de bonnes décisions lorsque la fatigue s’installe. Pour un amateur, une préparation peut s’appuyer sur 3 à 5 séances hebdomadaires, une sortie longue progressive, du renforcement musculaire et des semaines allégées.
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Autor Claude Imbert
Claude Imbert
Je m'appelle Claude Imbert et je cumule 11 ans d'expérience dans le domaine du trail, de la randonnée et de l'aventure outdoor. Mon intérêt pour la nature et les grands espaces m'a conduit à explorer des sentiers variés, des montagnes majestueuses aux forêts sereines. J'aime partager mes découvertes et mes conseils pratiques pour aider les passionnés à mieux comprendre les défis et les joies de ces activités. Dans mes écrits, je m'efforce de fournir des informations utiles, précises et accessibles, en vérifiant mes sources et en comparant les différentes perspectives sur des sujets variés. Je m'intéresse particulièrement aux techniques de randonnée, à l'équipement essentiel et aux itinéraires à ne pas manquer. Mon objectif est de rendre ces sujets clairs et intéressants, afin que chacun puisse profiter pleinement de ses aventures en plein air.
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