Traverser le massif des Annapurnas demande bien plus que de bonnes chaussures. Le tour des Annapurnas combine plusieurs climats, un col à 5 416 m, des villages d’altitude et une logistique qui a beaucoup changé avec l’arrivée des pistes. Voici les repères essentiels pour choisir son itinéraire, préparer son acclimatation, estimer son budget et partir avec un équipement adapté.
Les repères à connaître avant de partir
- Durée comptez généralement 12 à 18 jours selon les transferts en véhicule.
- Point culminant le col de Thorong La atteint 5 416 m.
- Sens recommandé le parcours se fait dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
- Meilleures périodes privilégiez mars à mai ou septembre à novembre.
- Acclimatation prévoyez une journée complète à Manang avant de monter plus haut.

Un itinéraire spectaculaire, mais plus routier qu’avant
Le circuit fait le tour du massif des Annapurnas, au centre du Népal. Il relie généralement Besisahar, Manang, Thorong La, Muktinath et Jomsom, avant de poursuivre vers Pokhara ou de rejoindre une route pour terminer le voyage.
Ce qui rend ce trek unique, c’est le changement permanent de décor. On commence dans des vallées verdoyantes et subtropicales, puis on traverse des forêts de pins, des paysages minéraux et les hauts plateaux secs influencés par la culture tibétaine. À mes yeux, cette diversité vaut autant que les vues sur les sommets.
La route a toutefois transformé les premières et dernières étapes. Selon les sections parcourues à pied, la distance totale peut varier d’environ 160 à 230 km. Pour conserver les plus beaux sentiers, beaucoup de randonneurs prennent un véhicule jusqu’à Chame ou Dharapani, puis marchent entre Manang et Muktinath.
Le bon sens de marche
Je recommande clairement le sens Besisahar vers Manang puis Thorong La. La montée est plus progressive et laisse davantage de temps au corps pour s’adapter à l’altitude. Faire le circuit dans l’autre sens raccourcit l’acclimatation et rend la traversée du col nettement plus exigeante.
Quel itinéraire prévoir sur 12 à 18 jours
Un programme réaliste doit laisser de la place aux pauses, aux retards de transport et à la météo. Un itinéraire trop serré peut sembler efficace sur le papier, mais il devient fragile dès qu’un sentier est enneigé ou qu’un membre du groupe souffre de l’altitude.
| Étape indicative | Altitude approximative | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|---|
| Besisahar ou Dharapani | 760 à 1 860 m | Départ progressif, vallées habitées et pistes partagées avec les véhicules |
| Chame | 2 670 m | Forêts de pins, premières vues rapprochées sur les sommets |
| Pisang | 3 200 à 3 300 m | Choisissez le sentier haut si la météo et la forme le permettent |
| Manang | 3 540 m | Lieu idéal pour une journée d’acclimatation |
| Yak Kharka ou Ledar | 4 000 à 4 200 m | Étape courte afin de limiter la fatigue |
| Thorong Phedi | 4 450 m environ | Dernière nuit avant le passage du col |
| Thorong La puis Muktinath | 5 416 m puis 3 760 m | Journée la plus longue et la plus exigeante |
| Kagbeni et Jomsom | 2 700 à 2 800 m | Paysages arides, monastères et vents fréquents dans l’après-midi |
La variante classique ajoute parfois Tilicho Lake, à près de 4 919 m. Cette extension est magnifique, mais elle demande plusieurs jours supplémentaires et ne devrait pas être ajoutée à un programme déjà tendu.
Après Muktinath, vous pouvez continuer à pied vers Tatopani puis Ghorepani et Poon Hill, ou utiliser les transports locaux. La seconde option fait gagner du temps, tandis que la première offre une fin de trek plus forestière et plus calme.
Thorong La et l’altitude changent toute la préparation
Le passage du Thorong La n’est pas une simple montée sportive. À 5 416 m, l’air est très pauvre en oxygène, le froid peut être mordant et le vent se renforce souvent au fil de la matinée. Il faut donc partir tôt, marcher lentement et éviter de transformer cette journée en course contre la montre.
Je prévois généralement une nuit à Thorong Phedi plutôt qu’une montée précipitée depuis un village plus bas. Le départ vers le col prend souvent 4 à 6 heures, puis la descente jusqu’à Muktinath peut encore demander 3 à 5 heures selon la neige, la forme et l’état du sentier.
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Les règles qui font la différence
- Au-dessus de 3 000 m, limitez autant que possible la hausse de l’altitude de couchage à environ 300 à 500 m par jour.
- Gardez une journée d’acclimatation à Manang, avec une randonnée courte en altitude puis un retour dormir au même endroit.
- Buvez régulièrement, mangez suffisamment et ne banalisez pas un mal de tête persistant.
- En cas de confusion, de perte d’équilibre, d’essoufflement au repos ou d’aggravation rapide, redescendez immédiatement.
Le mal aigu des montagnes ne se corrige pas en marchant plus vite. Une bonne condition physique aide pour les longues étapes, mais elle ne protège pas contre l’altitude. C’est l’une des erreurs que les randonneurs expérimentés sous-estiment parfois le plus.
Quand partir et quel niveau faut-il avoir
Les meilleures fenêtres sont généralement mars à mai et septembre à novembre. Le printemps apporte des températures agréables dans les vallées et les rhododendrons en fleurs. L’automne offre souvent les panoramas les plus nets, au prix d’une fréquentation plus importante.
De juin à août, la mousson rend les basses vallées humides et augmente le risque de glissements de terrain. Le secteur de Manang et du Mustang bénéficie d’un effet d’abri, mais l’accès au départ peut rester compliqué. En hiver, le col peut être enneigé ou temporairement impraticable.
Ce trek s’adresse à des marcheurs capables d’enchaîner 5 à 8 heures de marche plusieurs jours de suite. Il n’est pas nécessaire d’être alpiniste, car l’itinéraire se déroule principalement sur sentier, mais il faut être à l’aise avec les dénivelés, les descentes longues et les conditions rustiques.
Pour me préparer, je privilégie six à huit semaines de marche régulière, avec une sortie longue chaque semaine et du renforcement des cuisses. Les séances de cardio seules ne reproduisent pas la fatigue d’une descente de plusieurs heures avec un sac.
Permis, guide et budget à prévoir
Pour un trekkeur étranger, il faut prévoir l’entrée dans l’aire de conservation des Annapurnas ainsi qu’un TIMS, document de suivi des randonneurs. Les règles népalaises actuelles prévoient aussi l’accompagnement par un guide agréé et l’émission du TIMS par une agence enregistrée pour cette zone. Les formalités doivent être vérifiées juste avant le départ, car les procédures évoluent.
Le Nepal Tourism Board affiche des montants qui ne sont pas toujours parfaitement cohérents selon les pages consultées. Pour éviter une mauvaise surprise, je prévoirais environ 3 000 roupies népalaises pour l’entrée dans la zone protégée, puis je confirmerais le tarif au moment de l’émission des documents.
Sur place, un budget de randonnée raisonnable se situe souvent entre 25 et 50 dollars par jour pour l’hébergement en lodge, les repas, l’eau et quelques dépenses courantes, hors vols et transferts internationaux. Ajoutez le coût du guide, du porteur, des assurances, des transports et d’une marge pour les étapes supplémentaires.
Les lodges restent simples, surtout au-dessus de Manang. Une chambre peut être bon marché, mais les repas, la recharge électrique, la douche chaude et le Wi-Fi deviennent plus chers avec l’altitude. Je conseille de garder des espèces en roupies, car les paiements par carte ne sont pas garantis dans les villages isolés.
Équipement et erreurs à éviter
Le sac doit être pensé pour une amplitude thermique importante. Dans la même journée, vous pouvez partir dans une vallée douce et finir face à un vent glacial à plus de 5 000 m. Les indispensables sont une veste imperméable, une doudoune chaude, des gants, un bonnet, une protection solaire efficace et un sac de couchage adapté aux nuits froides.
- Chaussures choisissez un modèle déjà rodé, avec une semelle accrocheuse et une bonne protection contre l’humidité.
- Hydratation emportez au moins deux litres de capacité et un système de traitement de l’eau.
- Électronique prévoyez une batterie externe, car les coupures et les recharges payantes sont fréquentes.
- Santé prenez une trousse personnelle, une assurance couvrant l’altitude et une copie de vos documents.
- Confort des bâtons de marche réduisent nettement la charge sur les genoux dans les longues descentes.
Le piège le plus courant consiste à emporter trop de vêtements et pas assez de flexibilité dans l’itinéraire. Je préfère un sac compact, des couches bien choisies et un ou deux jours de marge plutôt qu’un équipement lourd qui ralentit toute la progression.
Il faut aussi accepter la réalité du parcours. Certaines portions se déroulent près des jeeps et des bus, le confort reste basique et la météo peut imposer une modification du programme. Cela ne retire rien à la beauté du circuit, mais cela évite de partir avec une image figée du trek traditionnel.
Le meilleur choix dépend de votre façon de marcher
Pour une première expérience himalayenne, je choisirais un itinéraire de 15 à 18 jours, avec Manang comme vraie étape de repos et une marge avant le passage du Thorong La. Les marcheurs habitués à l’altitude peuvent raccourcir le parcours en utilisant certains transferts, mais je déconseille de supprimer les journées d’acclimatation.
Le circuit des Annapurnas récompense surtout la patience. En avançant lentement, on profite mieux des villages, des changements de lumière et des contrastes entre la forêt humide et les hauts plateaux. Ce sont ces transitions, plus encore que la photo prise au col, qui donnent au trek sa vraie personnalité.
Avant de réserver, vérifiez les conditions d’accès, les documents exigés, la couverture de votre assurance et la météo des jours précédant la traversée. Avec une préparation réaliste, une progression régulière et la volonté de renoncer si l’altitude l’impose, cette randonnée devient une aventure solide plutôt qu’un simple défi à cocher.